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| Le texte qui suit est sous © de son auteur : Dalian (O.M.). Toute copie partielle ou intégrale destinée à un usage publique sans l'autorisation de l'auteur est strictement illégale et peut entrainer des poursuites judiciaires. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Introduction ;
À suivre... |
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| Une pluie dannées sétait écoulée sur les hautes tentes de coutil du camp dEriador. Les histoires parlaient de divisions, dexil, de famine. Mais la vérité était tout autre. Lincident de la noyade du dernier Roi Arvedui, héritier du Trône dArthedain, dans la Baie de Forochel avait semé le trouble en Arnor. Sous les frondaisons danciennes tours des temps immémoriaux, au sortir de la pénombre de bois oubliés, tapis dans des grottes ou cavités à parois de glaise, les faibles succombèrent au froid mordant. Une inopinée brise cendreuse venue de lEst sétait brusquement abattue depuis la sombre forêt de Mirkwood jusquaux collines dEvendim. Daucuns soupçonnaient un retour de Sauron. Dautres évènements néfastes touchèrent le Royaume du nord, des hordes dOrques infestaient les Monts Brumeux progressant toujours à lorée de la nuit vers les zones septentrionales. Le nom de Moria suffisait à faire trembler les plus valeureux des hommes. LEregion demeurait leur seul salut, la Cité-refuge des Elfes de Fondcombe avait conservé sa puissance dautrefois, les Orques le savaient et ne se laissaient pas aisément attirer par les rets de Vilya et dElrond. Si les combats se soldaient la plupart du temps par une débâcle des Hommes, tous navaient pas renoncé à lespoir. Menés par les Fils dElrond, au-delà des étangs asséchés, entre les enchevêtrements de ronces sans fin, une partie de ceux-là sinstallèrent dans une clairière de Houssaye. Passèrent encore deux décennies de longue errance durant lesquels ils parvinrent à fourvoyer les Créatures de lOmbre et entreprirent détablir le camp de Houssaye. Le plus rude labeur était de fédérer les égarés dArnor. Quand arriva lannée 2363, la gloire dantan entamait avec faste sa renaissance. Le printemps où les poussières gelées saffranchissaient de la toile aranéeuse de la neige. Ce lit blanc sentrouvrait peu à peu sous les premiers éclats du soleil. De minces filets pailletés dor faisaient fuir les ondées grises et sombres porteuses dorage. Alors à nouveau la terre engorgeait cette chaleur qui sétait trop longtemps étiolée. La nature maternelle reprenait ses droits, on assistait à la régénérescence de la vie. Une nature féconde pour la faune qui avait quitté sa période dhibernation et retrouvé ses couleurs, fourrure grise des louveteaux, plumage brun des éperviers. Féconde pour la flore, la feuillaison des châtaigniers cerclant les palissades naturelles de houx où les premiers fruits séveillaient, léclosion des massifs florifères aux teintes vermeil, bleues ou encore jaune. Féconde aussi pour les hommes et femmes qui veillaient aux petits soins de leurs nouveaux-nés. Robuste était ce peuple qui avait dû par la force des choses sinstaller en ces terres dasile, mais ces gens restaient attentionnés et bienveillants pour les leurs. On les surnommait Dunedain. Cheveux noirs, teint basané, visages anguleux, les yeux acier pour la plupart, ils avaient choisi de vivre tels une grande famille plaçant la loyauté au premier échelon de leurs devoirs sociaux. On assistait rarement à des disputes ou échauffourées de taverne. Leur race était plus résistante aux maux du temps et de la maladie que les autres Hommes. Elros père de toute cette société avait vécu plus de cinq cents ans. Le fin mot dune si longue espérance de vie était le sang mêlé des Hommes à celui des Belles Gens autrement appelés « Elfes » ou même « Premiers Nés ». il faudrait remonter jusquà la naissance du grand Royaume de Numenor pour comprendre vraiment les secrets de cette longévité. Leur comportement et leur mode de vie masquaient bien leur rang de haute lignée. Tout étranger qui eut pénétré lenceinte du village les aurait considéré comme de simples roturiers. Le Seigneur des lieux lui-même ne portait quun justaucorps de cuir brun et une cape du même teint détrempée de boue uniquement maintenue par un fermoir dacier pâle sans autre ornement que deux serpents se cherchant lun et lautre dans une ronde sans fin. Cet homme avait pour appellation Chef des Dunedain. Il avait récemment hérité de ce titre, onze auparavant lorsque son père sétait fait surprendre par une horde de cruels orques aux frontières de lEriador. Sur leurs mailles obscures et maculés de sang, se devinait aisément la marque de Sauron le Ténébreux : un il sans paupières nimbé de rouge. Bien des années avaient passé depuis pour ce peuple toujours sur le qui-vive. Araglas envoyait souvent des groupes déclaireurs armés sur les frontières de lEst mais surveillait essentiellement le Sud où lombre se faisait plus oppressante que jamais. Les Dunedain étaient mal vus dans les régions avoisinantes où ils ne se reposaient guère plus de deux nuits daffilée. Ils nétaient pas tenus pour fauteurs de trouble mais plutôt comme des étrangers dangereux pour qui les abordaient. Leurs venues en Pays de Bree étaient tout juste remarquées. Ainsi avait chanté le poète Hilbaran : |
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| Cest dans la nuit que se terrent les ombres, Mais au premier rai du jour devant les errants ils fuient, Aragorn Ier a gagné sa place sur lautel de Numenor, Le destin des Hommes est la nuit, Cest pourtant de ce Dunadan que viendra le soleil, Les temps de Sauron et de ses zombies ne triompheront jamais de lOuest. Amour et pureté dans un cur de guerrier, Sagesse et éloquence dans un esprit divin, Le nouveau chef à la longue vie est né, Araglas fermera les Portes de lEst. |
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| Le clan vivait reclus, gardant ses secrets et coutumes à labri de regards hostiles. Araglas avait toujours montré une grande générosité. Il affichait également un véritable sens de lhospitalité. Aussi maints hommes et femmes des régions avoisinantes au Nord, à lOuest et à lEst, sétaient joints aux siens. Toutefois les familles originelles de Numenor étaient les gardiennes du camp. Celles-ci possédaient le don de voyance et pouvaient sonder pour leurs membres les plus doués, les étrangers souhaitant se lier aux Rôdeurs. Leurs intentions futures établies, ils étaient soient escortés aux frontières de lEst, soient admis au sein de ce peuple dEriador. Dalian fit partie de ces derniers. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| n Ithilien, région recelant de bois et sources oubliées : trois cavaliers arpentaient un chemin étroit et caillouteux. La colline se dressait telle une corniche sans fin. On l'appelait en langage secret des Montagnards Menel Annûn, ce qui signifie Ciel couchant. Les deux étalons et le hongre gris piaffaient accablés par l'épuisante ascension. Les hommes étaient des Rôdeurs venus du Nord prêter main forte aux Forces du Gondor où des troupes d'Orques et de Suderons arrivaient en masse. Le premier des compagnons, encapuchonné et masqué de vert, jetait des regards inquiets vers les hauteurs. Il demanda bientôt aux autres en usant du langage commun : - Le soleil tombe. Observez les troncs, ils se changent en ocre brunâtre. Nous devrions nous reposer sur ce plateau. Il désignait une large étendue partiellement abritée à trois cents ou quatre cents mètres en contrebas du sommet plongée dans d'épaisses brumes. Le sentier qui se dessinait face à eux, senfonçait dans lobscurité de la forêt tel une route vers les arcanes du passé. La forte pente quils escaladaient semblait énerver leurs bêtes qui sans cesse jetaient des regards inquiets en arrière. Lhomme de tête flatta alors lencolure de sa monture et se redressa avec amertume. « Hêtre Gris tire la patte ! Quel idiot a convoqué les Orientaux et les Suderons à ce festin ? » Puis se tournant vers le second cavalier, il le dévisagea avec un mépris mal dissimulé : |
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| « Et vous autres les sangs elfiques avez contaminé notre monde trop longtemps ; si j'ai choisi d'aller au Sud, c'est pour oublier les « Elrohir »par ci, « Elladan » par là. Pourquoi êtes vous descendu avec nous Dalian le Traître ? » Dalian avec la plus grande sérénité répliqua : - Ce n'est pas des Elfes que vient le mal, ni des Hommes d'ailleurs, notre ennemi est tout autre, mon ami. Oublierais tu la traque au cerf dans laquelle tu avais perdu ton arc ? « Nous étions cinq ce jour-là à la cervaison dans les bois de Houssaye à lEst de Bruinen. Les ronces et les orties trop dangereuses pour les chevaux nous avaient contraint à les laisser huit ou neuf milles au nord. Nous progressions alors en silence avec retenue et précaution. A la mi-journée, nous navions croisé quun couple de daims trop jeunes et maigres pour nous satisfaire, une renarde rousse à lestomac rebondi attendant une portée prochaine et un blaireau tacheté au museau ensanglanté par un récent repas. Elrohir à vingt pas du sentier principal découvrit bientôt les empreintes dun spécimen adulte très gras au vu de lépaisseur de ses erres. Trois pleines heures durant nous suivîmes sa piste jusquà trouver son répugnant bousard encore odorant. Sur un chêne dun vallon encaissé, de profondes marques de frayoir avaient été creusées. Il devait sans doute être dun fort gabarit, un dix-cors plus vraisemblablement. Nous approchions du but, nous convinrent alors de nous disséminer en trois groupes pour mieux couvrir la zone de recherche. Je me souviens de tes mots Caragund : « Je vais prendre le sous-bois par le sud-est seul. » Les déchirures, griffures et zébrures sur nos visages ne nous empêchèrent pas Elladan et moi de parvenir à une source rafraîchissante où sétait arrêter le gibier pour shydrater et se reposer ; Ses sabots simprimaient encore nettement sur les rives boueuses du cours deau. Je pus comprendre ce qui sétait passé comme le soleil crevant les noirs nuages. Il avait glissé sur la mousse vert sombre du bord, qui couvrait les galets et autres pierres de large diamètre. Le doute lavait plongé dans une confusion des plus totales. Pris au piège entre un renfoncement de la berge sous une butte trop haute et escarpée pour être escaladée et la rivière trop obscure pour en jauger le fond. La panique ne lui avait cependant pas fait perdre raison. Il avait pris son élan et sétait enfoncé dans les eaux peu agitées du cours. Baigné dans cette source fraîche et reposante, il avait humé le souffle du vent à louest et perçu un danger, il avait donc nagé vers lautre bord. Il était parvenu à sextirper du bain de la rivière et sen éloigner avec faste. Un gué de rocs régulier en aval nous permit dy arriver nous aussi sans peine. Les pétales jaunes et autres pédoncules de tulipes piétinées et encore humides furent assez de preuves pour nous lancer à sa suite. Quelques foulées plus tard dans une prairie clair-obscur, nous vous trouvâmes toi et le dix-cors tous deux face à face. Tu avais épuisé cinq flèches dont deux plantées à quelques pas de la bête ; ton carquois était vide. Comme tu nous lexpliquas ensuite, tu tétais embourbé dans une zone marécageuse dont le lit était masqué par la futaie. Ainsi le cerf à cinq andouillers, hérissé de deux traits dans le flanc et un à la cuisse postérieure ruisselante de sang pourpre, se préparait à charger dans lespoir de te tuer et au mieux de sévader de ce coupe-gorge. Dans un hallier non loin de là, cachés par un touffu réseau de brindilles de houx et de sauge, nous nétions pas révélé au gibier. Les yeux en pleurs et le visage livide tu lobservais te sachant voué à une triste fin ; Tu ne pouvais pas fuir trop glacé par la peur. Tu avais accrochée à la selle de Hêtre Gris ta dague de chasse. Elladan jaillissant et sautant à la droite du cerf pour se retrouvait en dessous lui adressa un coup cinglant à la gorge tranchant la jugulaire avec son poignard de Fondcombe. La bête hurla comme aucune autre, ses orbites se révulsèrent, son sang se déversa à flots dans les hautes herbes. Elle seffondra dans le plus complet désarroi. Tu nas jamais pu effacer ce souvenir, nest-ce pas ? Il a bien fallu le courage dun elfe pour te tirer de cette mauvaise passe et jaurais encore dautres exemples. » Les cavaliers sétaient tous placés sur le large sentier à même hauteur pour être plus aises pour discuter. Le semi Elfe fixait à présent Caragund sans circonspection. Celui ci rouge de honte semblait légèrement incommodé et arborait une mine vexée. Dalian rajouta en pesant bien chaque mot : « Mes amis, moi aussi je sens comme vous cet air putride et nauséabond, les moucherons et autres dévorants volent bas. Néanmoins la prudence interdit les conflits de groupe. Nous devons rester unis. » Elevant la voix, il tonna: « Levez vous Hommes du Nord! Enfants d'Elendil, frères nous sommes dans la vie, Jusqu'à la mort nous le resterons. » Un courant dair chaleureux les poussa alors irrésistiblement vers avant. Ils laissèrent couler la bride de leurs montures et courbèrent léchine pour se poser la joue sur lencolure de leurs bêtes Le troisième cavalier de carrure légèrement inférieure continuait à suivre le train de ses deux amis. Au linnod de Dalian, il reprit en choeur avec Caragund confondu : « Unissons nous frères de sang! Ensemble nous vaincrons. » Caragund psalmodia dune voix teinte dun sincère remords : - La peur et la haine du Terrible m'ont fait oublier le sens de l'honneur. Pardonnez-moi mon Seigneur, sans votre assistance, nous ne serions pas là à échanger des mots aujourd'hui. Vous êtes le plus avisé dentre nous, je vous suivrais où que vous alliez. Je ne suis quun dresseur de chevaux et les paroles et grands discours ne sont vraiment pas mon domaine. Dalian resserra son capuchon ses cheveux tout ébouriffés. Avec franchise, il dit : - Tu as encore de hauts faits à accomplir, ta bravoure fera ta renommée Caragund de Forodwaith. Peu de Rôdeurs des Déserts Froids ont rejoint le camp des Dunedain pourtant vous êtes un grand peuple par la valeur plus que par le nombre. Si il y a une chose que lEnnemi ne pourra pas changer en toi, cest ton amour des chevaux ; de tous les Hommes et Elfes quil mait été donné de rencontrer, tu es le seul que je crois capable doffrir ta vie pour celle dun cheval. Un tel sacrifice thonorerait mais tavoir à mes côtés me rassure. Léloge eut leffet escompté car submergé par lémotion, Caragund ne retint pas ses larmes : - Lespoir que vous nous apportez Dalian est plus titanesque quAncalagon le Noir. Je suis prêt à me jeter dans la gueule dun Ouargue si cela peut aider votre quête. Et vous Argeleb quen pensez vous ? Une voix douce et monotone sortit du capuchon brun du troisième cavalier : - Dans locéan de feu, une goutte despoir peut éteindre mille chaudrons. Le Seigneur Itamoth a apporté avec lui un pouvoir plus fort que celui de tous les Dunedain réunis. Jignorais avant ce que cétait mais je men réjouis à présent cependant je ne le dévoilerai pas maintenant car trop proches sont les oreilles de lEnnemi. Il est vrai que sans la confiance les uns envers les autres, notre mission serait compromise. Ma mère avait le don de vision, je ne crois pas le posséder mais ce qui est sûr, cest que lEspoir est notre seul salut. Ephémère mais lascive pour les curs, la colline sembla sallumer en une torche fluorescente à la déclaration de Argeleb. Les ombres flottèrent à nouveau autour deux. La journée était bien avancée désormais ; Le chuchotement des lapins tapis çà et là dans la garenne, les piaillements des moineaux dans les buissons clairsemés, tout bruit sestompait. La saison hivernale prenait place peu à peu. Le vent devenait plus froid et mordant pour les chevaux comme pour leurs maîtres. Pour se réchauffer, Caragund héla le jeune Dunadan une fois encore : - Seigneur Argeleb, pourriez vous me faire passer du miruvor, s'il vous plaît ? Un gosier bien arrosé vaut mieux qu'un esprit bien huilé. Les trois hommes partirent alors dans un fantastique fou rire et subtilement le Rôdeur au timbre morne renvoya : - Les filles de bonne chair valent mieux que le vin. Mais enivrées par le vin, elles sont encore meilleures. Dalian vous devez en connaître pas mal à ce sujet ? Linterpellé était en train de rêver à son amour laissé dans le Rhûn, il bafouilla : - Voui Euh oui, et bien jai beaucoup voyagé. Devant son bégaiement et sa flagrante gêne, Caragund amusé répliqua : -Le seigneur Dalian est un poète, son talent, cest plus la séduction que le plaisir de la couche. Voyant le clin dil du dresseur de chevaux linvitant à confirmer ses dires, Itamoth participa au débat : - Les chastes et timides demoiselles attirent plus lil des beaux bruns ténébreux que les filles de joie qui passent leur temps à conter leurs prouesses de bonne chair. Surtout si ce nest pas payant. Argeleb vous souvenez vous à Archet de la belle blonde si réservée et pleine de pudeur que vous avez abordée. La situation basculait pour lhomme aux cheveux bruns : - Vous êtes madré mon ami ! Sur ce point vous avez gagné, il est certain que la vierge que lon peut posséder soi-même est des plus aises une fois étrillée. Mais cette blonde je ne men souviens pas - Vous deviez avoir bu plus que de raison sans doute. Ce qui pourrait savérer assez déplacé de la part du cadet dAraglas. La prochaine fois quon retourne dans le Nord, tu me feras penser à le mentionner Caragund. Caragund fit un signe dassentiment avec son sourire narquois. - Voilà qui me fait penser Argeleb tu te souviens de la femme bien en chair de lauberge de LEstragon Doré du village de Saredale près de Carn Dum. Elle possédait un séant fort plantureux et elle avait la carrure dun troll « Je me souviens quUrenban ta demandé le lendemain: - On dit que les Olog des forêts peuvent être tués par le feu. As-tu mis ta « dulcinée » en chaleur au point quelle en meurt, dis ? Tu lui as alors répondu : -Elle est légèrement enveloppée mais ton qualificatif est vraiment de trop. Urenban et deux de ses amis avaient pendant la nuit fait une blague en transportant la grosse dans une autre pièce est en posant à coté de sa couche une pierre puis ils avaient ouvert les volets si bien quau lever, le soleil taveuglant tu as regardé à côté de toi et là surprise. Urenban a ajouté : - Tu nas pas été trop choqué à ton réveil Argeleb ? Tu lui a alors balancé une gauche et ça a dégénéré en en rixe de taverne. » Dalian éclata de rire en apprenant lépisode, Argeleb était assommé : - Ne me rappelles pas de mauvais souvenirs Le hongre peinait à présent, il faillit trébucher sur une mauvaise racine protubérante nuisant dangereusement à l'équilibre de son maître qui geignit : - Eh là ! Le cabri est dans le pré ! Neldorthin* calme mon garçon, nous y sommes presque. L'animal cessant de s'ébrouer écouta les paroles de Caragund et poursuivit la progression au pas. Lhomme portait un capuchon vert dont couler des mèches blondes et deux pâles lumières luisaient au travers de sa cagoule. Ce dernier possédait un arc long en bois d'if de la Forêt Noire, don fait à son père Caramir pour avoir secouru avec les siens une troupe de femmes elfes au Lac Mithrum d'une vilaine escarmouche de Trolls des Montagnes. Alors que le garçonnet navait que huit ans, Caramir fut tué lors dune chasse au Loups des Mille Glaces, il fit parvenir larc à son fils par un ami proche. L'homme se saisit de l'outre que lui transmit Dalian et en avala une bonne lampée. Un sifflement suivi d'un jappement de douleur sema le trouble chez les Dunedain. Une embuscade à la lisière nord du sous-bois de Menel Annûn était de mauvais augure. Dalian vit la flèche empennée de noir plantée dans le flanc du meneur. Il prit le hongre par la bride et l'amena à couvert de deux cyprès rouges à large tige. Là il adossa le blessé à l'un des géants. Argeleb s'était subtilement posté derrière un rocher de la stature d'un Ent d'où il pouvait voir sans être vu. Alors que Dalian était occupé à administrer les premiers soins à Caragund, Argeleb hulula deux fois, montra deux doigts fins et délicats d'archer et une paume à son frère d'arme indemne. Une vingtaine d'orques et d'hommes du Sud convergeaient en effet vers les Hommes du Nord. Le Peredhel**appliqua un baume de gentiane autour de la plaie pour atténuer la déchirure du fils de Caramir. La pointe n'avait heureusement pas atteint d'organes vitaux et les mailles de son noir plastron avaient encaissé l'essentiel du choc. La flèche retirée, Dalian sortit deux feuilles d'athelas de sa besace, qu'il écrasa en poudre au fond de son bol de rationnement à l'aide d'une pierre lisse ramassée sur le bord du sentir. L'outre de miruvor que Caragund n'avait pas lâchée ! Il retira le goulot et goutte à goutte, versa une partie de son contenu dans le récipient. A défaut d'eau chaude, le vin ferait l'affaire. Il laissa macérer le julep. Mais il ne resta pas inactif pendant ce temps ; Il éloigna les deux chevaux en silence, des abords de l'allée et les laissa s'abreuver dans une mare en aval de sa cachette. Par chance, Caragund se confondait avec la végétation et s'était déjà assoupi. Après avoir enduit ses mains du mélange, Dalian apposa ses deux paumes sur les lèvres de la plaie. Son talent de guérisseur qui lui venait du sage Elrond, fit le reste. Le sang putréfié reprit comme sanctifié, avec faste son aspect naturel. Un relent agaçait les narines du Rôdeur depuis quelques temps déjà, la sueur suintante et l'infection fécale d'orques de plus en plus fortes accrûrent l'activité de ses autres sens. L'ouïe d'abord. Les feuilles de chênes d'Ithilien au début de l'hiver étaient aussi craquantes que de la galette melrosienne***. Fine et délicate elle était, mais lointaine désormais la cuisine de la Carpe de Rhûn tout comme les langoureux moments d'intimité partagés avec Amrunia sa mésange. Frémir à nouveau sous ses insistantes et ensorcelantes caresses pour quitter les batailles et leurs gorgonesques bilans. |
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| Etendu à la base du second cèdre, Dalian vit se détacher par le couchant l'immonde forme d'un grand orque basané, il saisit l'Arc de Caragund - il n'en possédait pas lui-même préférant son épée braisée « La Larme de Thingol ».- Il encocha une flèche et patienta en attendant que son ennemi atteigne l'endroit où Hêtre-Gris s'était trouvé auparavant. En jetant un coup d'oeil furtif sur le bas-côté opposé, il remarqua que Argeleb avait bandé son arme lui aussi. Il lança : - Yrch ! Vous avez pénétré sur les Terres d'Ithilien. Repartez en Mordor ou aucun de vous ne sera épargné. La réponse ne se fit pas attendre : des éclats de rire rauques et un chaotique chant de tambours. Le chef de file ne gargouilla qu'un son étranglé quand les deux traits se fichèrent dans sa gorge. Une bousculade désordonnée suivit. Et la danse d'Itamoth engagea ses premiers pas de valse. Argeleb fit chanter les éclairs du Sagittaire comme nul homme auparavant. Incisifs et sans bavure étaient les coups infligés par les deux guerriers. Mais le cours des évènements allait se bouleverser. Une vingtaine de corps étaient déjà éparpillés autour d'eux, lorsque Argeleb hurla d'une voix mortifiée : - Mumâk ! Que Mandos me choisisse parmi les mortels. Dalian se remémora alors d'anciennes chansons rhûniennes : |
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| Sous la Lune des déserts d'Harad il se coucha, Plus haut que le Caradhras il s'éleva, Sacré et Maudit ses lames fracassèrent la pierre, Choisi pour guider les enfants d'Eru, le titanesque oliphant tous les trompa, Cruel et orgueilleux sa sentence tomba, La Corne de Tauron comme flamme rude et coeur doux. |
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| Le voile de la nuit enrobait à présent presque entièrement la grande sphère sanguine, seul un mince rai subsistait encore. Les rôdeurs accoutumés à chasser au crépuscule avaient gagné une courte bataille. Mais le Mumâk et les archers Suderons en son sommet ne semblaient douter de son issue finale. Le bruissement des feuilles d'Ithilien avait cessé. Toute la forêt, tout le monde sauvage attendait la fin de ce combat avec indifférence. Les deux silhouettes des Dunedain contournaient avec précaution le massif obstacle qui balayait les troncs telle la faux des serfs sur les brins de blé du Gondor sous la caniculaire chaleur de la saison estivale. Ces bois clairsemés, jadis si luxuriants ne frémissaient plus, leur douleur n'était qu'une inaudible cantilène. Argeleb mesurait le nombre d'archées qui le séparaient de l'oliphant. Incomparable était sa robe noire tachetée de rosés et violacés stigmates au clair de lune. Une quinte de Suderons le montait semblables aux vigies de Tolfalas la Verte. Vêtu de mailles d'airain avec des ceinturons de tissu écarlate, la souffrance qu'ils avaient endurée se lisait sur leurs visages aigris. Leurs turbans noués de bandelettes vermillon et fuligineuses ne masquaient pas ces traits crispés de morts-vivants. L'affliction dont ils avaient été victimes faisait penser que les Crocs du destin n'étaient qu'une morsure de guêpe pour eux. Ils ne cessaient de se balancer sur les rebords d'une funeste tente, ruisselante d'embruns de sang qui s'engorgeait à présent du reflet du demi croissant d'Isil. Elles étaient montées sur quatre poutrelles de bambous soutenues par de lourdes lanières de cuir brun, sur les flancs de l'animal. Deux éclats ténébreux parcouraient sans vaciller les branchages avoisinants. Bosquets d'estragon, halliers de houx, buissons fleurissant et autres pinèdes étaient sondés jusqu'à la racine. Tout au moins, c'est ce qu'il semblait aux Rôdeurs. Une paire de gigantesques défenses couronnées d'argent pétillaient comme l'ithildine au sein de l'imposante masse obscure. Des ennemis que les compagnons avaient affronté, jamais aucun ne leur avait inspiré une telle crainte. Le jour nétait plus, les étoiles n'étaient plus, le cauchemar était devenu vie. Suintant les ultimes réserves d'eaux qui leurs restaient, ils se plaquèrent de part et d'autre de la proie devenu chasseur. Anéanti par une terreur sans nom, le brun à la barbe finement ciselée Argeleb commit une impardonnable bévue. Son pas et son coeur défaillirent au même instant ; la branche morte d'un charme maladif céda sous son pied. Les Suderons n'eurent pas la joie de le crucifier, le Mumâk s'y attela avec plaisir. D'une poussée monumentale, il embrocha l'archer, si violemment qu'un fétu de paille ne lui en aurait pas voulu. La précision et la vitesse de l'assaut n'arrachèrent pas la moindre plainte de cette fine bouche si joviale et généreuse autrefois. Est-ce le hasard qui avait tranché ? Dalian le pensait. Le barrissement de jubilation du pachyderme ne laissait aucun doute sur l'extinction d'un nouveau feu de Numenor. L'exaltation des Suderons n'allait pas durer ; en voyant le corps sans vie de son ami suspendu sur la lame courbe à l'image d'une peau morte ne voulant abandonner son corps d'origine, Dalian s'élança avec un rugissement plus fort qu'un Loup des Mille Glaces. Sa furie l'amena à broyer nets les deux jarrets des antérieurs de l'oliphant. Ce qu'un éclair n'aurait pu abattre fut terrassé par un homme avide de vengeance. L'animal arracha un râle de souffrance puis d'égarement pour finalement s'agenouiller et réclamer le coup de grâce. Mais longue fut son attente car l'absolution ne vint jamais. Le semi-elfe laissa échapper d'un ton rogue : - Les méchants garçons payent toujours le prix de leurs pêchés. Corrompus battent vos coeurs et le sang noir est un poison sans retour. Jadis qui contribuèrent à bâtir les forteresses d'Arnor et du Gondor trahirent la cause des leurs et périrent sous la lame de la Justice. La débâcle et la confusion qu'avait apportées le Dunadan leur laissèrent un bref répit. Cinglants et porteurs de ruine furent les coups qu'il porta ; le destin des Atani les trouva tous les cinq. La frénésie de l'homme ne s'apaisa que lorsqu'il eut décapité dun revers rougeoyant un dernier orque noiraud qui avait surgi de nulle part. Affaibli et mélancolique s'éleva le lai de l'Etincelle du Crépuscule dans cette futaie désertée, désormais amoncellement de cadavres. Seul Caragund devait l'entendre mais de son vivant ne jamais le révéler. Le coeur de Dalian était comme souillé par un mal sans visage. Il essuya sa lame abreuvée de sang jusquau pommeau avec dégoût. Ses iris d'acier scintillaient faiblement, des larmes coulaient sur ses pâles joues. Caragund harassé et titubant le serra contre lui. Les deux compagnons décarcérèrent leur ami de sa prison d'ivoire et le traînèrent sur une butte où ils s'installèrent pour camper. Caragund déchargea les deux chevaux restés en aval de leur harnachement et leur donna du fourrage à base de plantes sauvages ramassées alentours. En dépit de tous ses appels et sifflements, il ne parvint cependant pas à mettre la main sur la monture dArgeleb. Ils ramassèrent des fragments de bois sec que l'oliphant avait tronçonné ci et là. Autour d'un feu aux flammes étranges, ils se contemplèrent longtemps le regard vide. Les dernières braises sestompèrent sans quaucune parole ne soit échangée. A bout de forces, ils s'emmitouflèrent dans dépaisses fourrures de loups des neiges et s'assoupirent dans un silence de mort. L'archer émérite de Menel Annûn s'était affranchi d'une existence sans joie ni satisfaction vraie. Le caravanier sur sa taciturne monture avait coupé le dernier fil d'étreinte à la vie dArgeleb. |
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Notes de l'auteur :
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* Neldorthin : Hêtre Gris en sindarin.
**Peredhel : Semi Elfe en langue sindarin, Eärendil et Elrond portèrent ce surnom. ***Melros est un village portuaire de la mer de Rhûn, où s'attarda quelques temps Dalian par le passé. |
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| Plongé dans des songes à lallure de cauchemars, Itamoth* voyait une trentaine dhommes nageant dans une mer agitée, ils essayaient de lui échapper, mais elle redoublait en vivacité et robustesse. Une lame décume abattit alors un prince du sang numenoréen et lentraîna dans les profondeurs délaissant les autres pour un prochain repas. Caragund fit le même rêve sans comprendre davantage son sens. La mort ! Un couloir puis une porte sans verrou éternel battant dune caverne magmatique sans espoir de rédemption, dalle brisée souvrant sur un puits sans fond. Mais Dalian disposait de deux armes redoutables contre les abîmes du Balrog, la volonté et la foi. Il fut donc le premier à fuir ce sceau de torpeur. Les nuées du sommet avaient enveloppé le plateau. Il découvrit vite le corps de son ami. Caragund était en proie à de terribles tourments qui généraient chez lui une forte fièvre et des glapissements de souffrance. Usant de son art de guérison, lEtincelle du Crépuscule lextirpa à son tour de son funeste cauchemar. Encore étourdi, Caragund ne put contenir un sanglot en sécriant : - Non ! Non ! Je vous en prie, épargnez-moi. Ses délires cessèrent par chance presque aussitôt après. Les grelots du Mal avaient succombé dans les jardins du Gondor où flûtes de pan et rossignols faisaient loi. Dalian avait dû puiser dans son énergie vitale, il tenait tout juste sur ses jambes, patraque et épuisé. De son front brûlant, perlaient de fumantes gouttelettes à léclat dargent. - Te souviens-tu de quoi que ce soit Caragund ? demanda son ami pensif. - Non une partie dombre. Cétait un cauchemar dans lequel je navais aucune sortie. Jallais mourir La trame dans laquelle mes visions macabres sétaient tissées semble à présent sêtre envolée. Puis se frottant le menton dun air défait il annonça : « Le début était terrible, une mer agitée se soulevant et se fracassant sur de blanches murailles de granit. Dans cette grande cité, de magnifiques rues pavées de pierres grises des sables débouchaient sur de vastes places souillées et laissées sans soin, où reposaient multiples souches noircies de chênes, ormes et charmes. Les fleurs blanches, bleues et jaunes avaient fané. Les nombreuses gens traversaient les allées dun pas alerte. Leurs visages semblaient si chagrinés (Caragund arracha un soupir à cette réminiscence). Les portes cédèrent sous la pression voluptueuse dune trombe deau affamée. Les gardes ne purent que se laisser happer par ces déferlantes bleues. Les bâtiments, les marchés, tout fut rasé si vite que jen fus affligé. La crue poursuivit alors son avancée brisant la seconde armure dargent de la Cité ; là les forgerons, tisserands et artisans écarquillèrent les yeux, un trident laiteux pointait sur eux ses lames et ployait de toute sa puissance sur les toits de chaume et abris à ramures cuivrées de saules ou autres tilleuls. Englouties aussi à jamais les Archives des Temps Anciens du Quartier des Lettres. Je me rappelle quau sommet des marches royales, une magnifique jeune femme au visage sévère se découpait dans une robe aux brillantes cannelures. Elle se targuait le port dune reine qui impuissante, contemplait le chaos. Ses cils dargents écumaient de larmes et sur son visage de minuscules stries achevaient de se creuser. Elle leva la paume en guise dultime salut aux Valar, alors elle disparut sous les eaux déchaînées, saisie par la dent centrale du trident dOssë. Lorsque la coupole du palais doré seffondra, je crus ma fin venue mais ce nétait que partie remise. En effet mon rôle dobservateur se changea en celui dacteur. » « Nous étions un groupe sur un navire trirème, la terrible Ile de Numenor était sous les flots amis la colère dUlmo ne nous épargna point. Trente nous fûmes à sortir la tête de leau pour nager vers les côtes lointaines dArda et rejoindre les Havres. Le poids de nos cottes de mailles et surcots dacier nous pesait. Bientôt délestés de nos atours de guerre, nous pouvions progresser plus rapidement. Le phare de Tolfalas tournait son unique iris ocre sur nous. Mon voisin fatiguait, il nageait désormais de façon totalement désordonnée. Il céda peu à peu des longueurs sur les autres rescapés et une avalanche dargent le saisit. Cest tout ce dont je me souviens, Seigneur Dalian. » Perspicace, son compagnon déclara alors : |
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Notes de l'auteur :
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*Itamoth signifie L'Etincelle du Crépuscule en sindarin, il fut appelé ainsi par les Laiquendi (Elfes Verts) d'Ossiriand. **Mithyrn : Arbres Gris, pluriel de Mithorn en sindarin. ***Cirth : Runes elfiques.
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| Trois heures et demie passèrent avant quils ne se décident à lever le camp. Fuir de ce lieu détestable était une obligation désormais. Partout autour du tertre dherbe fraîche, la terre boursouflée par la coulée de boue et les stigmates de la bataille grouillait de branchettes brisées et de feuilles aux limbes noircies darbustes semper virens*. Une inexpliquée défoliation qui ne résultait en rien de lapproche imminente de lhiver. Couché sur son vert bassin tout contre le monolithe sacré, Dalian sentit un insecte venu fricoter avec son oreille. Avec nonchalance, il cueillit la petite bête, une coccinelle drapée dune mante ocre tachetée de noir. La fente de sa robe sécarta aussitôt, et le coléoptère senvola comme pour signifier à lhomme quil fallait partir prestement. Caragund déjà debout sévertuer à entretenir un feu pour cuire une bassine de lait caillé, seuls restes pour le déjeuner. Dalian senquit de lanxiété flagrante qui se dessinait sur son visage. -Seigneur Dalian, dit le blond rôdeur, Hêtre Gris est boiteux, pourriez vous aller le voir je vous prie ? Le semi- elfe séloigna du bivouac pour gagner la combe où il trouva les deux bêtes tout occupées à mâcher leur fourrage, amas de brindilles agglutinées par une sorte de résine ressemblant à de la gemme de pin. A l'ombre de conifères, le vent, fort semblable au noroît de Mithlond, vint caresser le visage de Dalian apaisant son esprit tourmenté. Il finit par sadosser contre la souche de lun des géants pour laisser sa convenance le plonger dans la plénitude. Cette tendance flegmatique lui fit néanmoins leffet dun fruit trop amer quil fallait recracher. Piétinant la mousse décomposée étouffant le pied du cèdre, il sapprocha à pas de loup vers Hêtre gris. Le hongre alerte frémit et releva la tête comme sil avait humé une odeur étrangère. -Calme Neldorthin, je suis venu voir comment tu te portais. Tu es un beau cheval digne dêtre cité Roi de Forodwaith. Itamoth sefforça de chasser les mouches qui agaçaient lanimal. Il pouvait sentir ses muscles tétanisés qui tremblaient à se fendre. Puis il palpa le garrot de velours et se concentra sur lantérieur gauche, où une vilaine écorchure apparaissait nette. Lhomme farfouilla dans sa sacoche et en ota une fiole de verre à forme de poire, il accrocha ses gants à son ceinturon puis plongea ses doigts caleux dans le liquide résineux. A même la peau dHêtre Gris, il déposa la lubrien* sur la lèvre rougie de la plaie, à hauteur du canon. Après avoir massé tout autour du boulet, Dalian lui caressa lencolure puis séloigna lair rasséréné. La mine cendreuse de Caragund séclaira à la nouvelle de lamélioration de létat de son fidèle compagnon. Il savança vers son ami et lui tira chaleureusement les avant-bras. -Seigneur Dalian je vous suis infiniment gré pour ce service, je croyais quil me faudrait labattre, je naurais pu my résoudre. -Elbereth et Manwë aiment tous leurs enfants, Neldrothin porte en lui un courage qui pourrait bien te sauver un jour mon ami. Lépanchement que vous avez lun pour lautre mabasourdit parfois, ajouta Dalian sur un ton songeur. - Je ne sais pas, cest naturel pour les hommes et femmes des Déserts où je vis, dit Caragund. Les deux Dunedain avalèrent dun trait leur bol de lait et hissèrent bientôt Argeleb sur Ribas. -Veille à ce que Neldorthin ne puise pas trop dans ses forces. Jai pansé sa blessure mais lattache que jai fixée nest quun bracelet de cuir sommaire. Elle népongerait pas un autre saignement du genre. Caragund échangea alors un étrange regard avec son animal et lui murmura une série de mots dans une langue inconnue pour Dalian. Il ne faut pas oublier quune partie de Forodwaith tomba sous le joug de Carn Dûm. Les aspérités du langage forodien nen étaient que plus apparentes. Le sang numénoréen qui coulait dans les veines de Caragund semblait sêtre dilué à cet instant. Le forodien sattela à replacer le tapis et la selle sur le dos dHêtre Gris et à serrer la sangle. Lestomac noué à la vue du lieu délabré et souillé qui avait arrêté la vie dArgeleb, ils se mirent en selle, et dévalèrent la colline à vive allure. Se détournant des coteaux aux forêts obscures, ils lancèrent une chasse dans les plaines fleuries de Nimlach. Le soleil atteignait presque son zénith, quand ils débouchèrent sur les prairies exposées au regard des maîtres des cieux. Tiraillés par la faim, ils se mirent en selle et lancèrent une chasse dans les plaines fleuries de Nimlach. Argeleb en travers de Ribas, Itamoth respirait lair pur aromatisé dune légère senteur lavande. Un coup dil en arrière eut tôt fait de conforter leurs craintes. Là bas, au-delà des sinueuses courbes quempruntait le Morgul duin, se devinait la face nord du Menel Annîn ; le Mont du Ciel Couchant déchirait lhorizon, sombre et menaçant. Au creux de ses bois luxuriants, une longue rigole brune se déversait sauvagement sur un champ de pétales ocre. Cette efforyable vision parut taquiner leurs langues sèches dun goût de sang amer. Argeleb et son brave cheval y avaient tous deux trouvé la mort. Un vieux lapin fut leur seule prise de la journée, un bien maigre repas pour les deux hommes. Dalian guettait la broche où gigotait encore la carcasse noircie. Les gouttes de graisse apportaient au décor par le biais des reflets du feu, le vivant qui lui manquait. Le lapin cuit dansait un tresin** avec la broche, il donnait ses derniers flots dénergie macabre aux dévorantes flammes qui le berçaient. La mort dansait avec son hôte comme un amant, glissant peu à peu dans lobscurité. Un brin sonné par ce spectacle désenchanté, Dalian sentit à peine la tape sur lépaule que lui adressa son ami. Ils ne devaient pas se laisser dépérir, la griffe du mal portait toujours en elle, un venin coriace. Après deux journées de chevauchées, au cur dune après midi sans soleil, ils étaient décontenancés et avec désinvolture séchangèrent un regard riche de sens, leurs besaces et leurs outres étaient vides. Frappant la croupe dHêtre Gris avec fermeté, Caragund orienta la chasse vers le Nord-Est, sans autre certitude quun espoir vagabond. Les Rôdeurs commençaient sérieusement à diffamer les idées de leur seigneur de droit Araglas encore que Dalian ne lui devait aucune obligation. Ils furent aussi, stupéfaits à la vue dune harde de biches blanches ennamourées dun cerf aux imposants andouillers qui paissaient dans la plaine touffue. Ils semblaient dédaigner les cavaliers ou même les narguer. Caragund nattendit pas le chant dun cor pour démarrer. Il dévala la pente argileuse puis saisissant son arc dune main et une flèche de lautre, se prépara à faire vibrer la corde, plein dentrain. Dalian sémut du manque flagrant de lucidité de son compagnon, il suivit la scène le visage navré. A linstant où le forodien avait talonné Hêtre Gris, le cerf avait bramé, pour signaler le ralliement et fuir avec ses épouses drapées de neige. Parcourir les deux cents mètres qui les séparaient de la forêt fut une formalité pour les cervidés. Tout penaud, Caragund chercha du réconfort en jaugeant la silhouette du Semi Elfe qui navait pas esquissé la moindre réaction. Ce dernier nétait aps enclin à se laisser gagner par le doute. Tout autour deux, grouillaient des jonquilles à cloches jaunes et des lilas blancs. Ils livraient une senteur galavnisante. Les deux chevaux guidés par leur instinct naturel vinrent sabriter sous de hauts arbres qui croissaient étrangement au beau milieu de la prairie. Leurs troncs étaient assez frêles, leurs branches sentrecroisaient les unes et les autres sans discontinuité procurant lombrage désiré aux bêtes. On aurait dit de jeunes saules pleureurs, Dalian dans un élan botaniste proposa à un Caragund dépité le nom de rycharaglas. Les jambes lourdes, les cavaliers tirèrent leurs montures avec véhémence, pour repartir vers les rives est de lAnduin. Un froid brûlant se fit sentir, cétait comme un étau se refermant sur leurs curs. Malgré cela, ils poursuivirent leur chevauchée sur des plaines qui sans brume se dessinaient à perte de vue. Ils découvrirent que les jardins dIthilien étaient bien plus quun reflet de pureté et dextase. Ils arrivèrent bredouilles aux bords dun torrent agité, affluent de lAnduin. De hauts chênes argentés à branches tendues vers le ciel se tenaient sur ses berges. Leurs racines profondes et larges de circonférence senfonçaient dans les eaux sombres. - Etrange, objecta Caragund, regardez ces arbres. La saison froide est à son aube, néanmoins leurs glands et leurs feuilles sont plus matures quune pomme fauve de la forêt noire. A croire que le temps sest bouleversé en ces lieux. - En effet, on considère en Ossiriand que peu darbres peuvent être en pleine frondaison en hiver. Seuls les Arbres du Premier Age ont cette caractéristique. Je demeurais persuadé et donc dans lerreur pendant si longtemps, Elora en aurait rougi jusquà la racine de sa chatoyante chevelure. Luvre dUngoliant a épargné cette région, cest un miracle. Encore subjugué par cette atmosphère divine, le guérisseur poursuivit. « Par Yavanna, leur ramure semble si parfaite. Si seulement ce paradis avait pu sétendre à lOuest. Je cueillerai bien quelques glands de ses branches pour les offrir au peuple Laiquendi pour rendre à la nature ce que les voiles noirs lui ont pris. » Sans attendre de réponse de son ami, il saisit quatre délicats fruits de lun des arbres millénaires. Sallongeant dans lherbe verte et grasse, il se mit à mâcher une brindille en se remémorant des souvenirs dantan. |
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| Des Hauts Elfes durant les Jours Bienheureux découvrirent lIthilien et ses jardins. En ces temps reculés, les Hommes navaient pas encore vu les Montagnes. Cirdan Le Charpentier écouta leurs chants mais trop lié à la Mer regretta de ne pouvoir jamais sy rendre. En voici un en langage commun : Au creux dune armure décaille aux sept crocs, Jardins dargent ruisselant deaux dorées, Pétales danémones se détachaient pour se déposer sur nos visages, Affaiblis par la marche éreintante, de géants arbres gris nous abritèrent, Feuilles étincelantes et immortelles, ils longeaient un courant dorangeade claire, Nous nous y baignâmes Ô Kementari dans ses eaux froides, Vierges de toute souillure les jardins nous apparurent, Regrets et remords dans les flots de loubli glissèrent, Un chant doiseau lugubre nous retira de cette romance, Et dans la peine, nous quittâmes cette terre dasile, Ô Ithilien Verte et Pure aux Troncs dithildine toujours florissants, Les écueils nous murmurèrent lappel dUlmo si maudit. |
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| - Trop loin sont les miens pour écouter une ode paradoxalement si belle et si triste. Les maux et autres corruptions de Sauron doivent-elles vraiment mettre un terme à la croissance et à la vie de ces jardins qui furent jadis foulés par les Dieux ? - Je nai pas de réponse à cette interrogation mon ami, répliqua Dalian encore en transe. Saisissons donc lopportunité de nous rafraîchir dans cette source bénie. Ils consacrèrent les deux heures suivantes à se délasser dans un petit bassin à leau calme en amont de lendroit où ils avaient débouché. Cette eau était apaisante et vivifiante. Leurs articulations usées par la longue cavalcade sans répit retrouvaient leur vigueur peu à peu. Le contact frais des pierres et galets sur la plante de leurs pieds ne les glaça pas. Au contraire pour cette période, cétait tout lenvironnement qui semblait sépanouir. Ils partagèrent leurs réminiscences des jours passés et se réconcilièrent avec la vie dans cette mare despérance. Leurs montures sétaient aussi approchées du bord pour sabreuver. Cependant partout et à tout moment vigilance était requise comme les jeunes gens ne tarderaient pas à lapprendre. Les premières gouttelettes qui effleurèrent la surface du bain les avertit de ne pas prolonger davantage leur repos. A lEst, de lourds et massifs nuages argentés faisaient voile avec faste vers leur retraite. Le danger menaçait une fois nest pas coutume. Après avoir nettoyé prestement leurs tuniques de soie et leurs capes maculées de boue, ils se vêtirent de leurs fourrures de circonstances. Traînant Ribas par la bride, Dalian rejoignit Caragund sur lautre rive. Lorage sétait éveillé, le ciel était à présent zébré déclairs et dans un grondement sourd, la pluie tombait à verse sur le cours deau. Une crue en cette saison ne les enchantait pas. Conscients du dilemme, les deux hommes entreprirent de séloigner vers lOuest droit devant eux. Leur marche se fit moins pénible lorsquils furent à couvert dune butte à lallure de bec daigle. Quelques instants plus tard, ils se juchèrent au sommet de leurs bêtes et repartirent. A la sortie de la forêt, ils observèrent une série de vallons dont les crêtes bleutées paraissaient enjoindre à quelque alpiniste hasardeux à venir tâtonner leurs hauteurs. Ils affrontèrent donc une large brèche en travers du premier vallon plongeant vers le sud. Litinéraire savéra incertain et tout particulièrement à lorée dune clairière en quittant la brèche dArgeleb comme saimèrent à lappeler les deux compagnons en mémoire du défunt. Le blanc manteau du lieu-dit et la brume glaciale qui lenvahissait eurent tôt fait dessouffler les Dunedain. A linstar de son ami, Itamoth crachait ses poumons, accablé par une forte toux. Lorage sétait volatilisé mais linquiétude de ne pas trouver un abri sûr guettait leurs curs transis. Un mince filet de fumée crevant le ciel vide de toutes nuées devant eux les ranima un temps soit peu. - Approchons nous avec prudence, marmonna Caragund grelottant. Lautre homme acquiesça dun bref hochement de tête sans doute trop refroidi pour parler. Ils arrivèrent à la lisière dune pinède et sélancèrent bientôt à découvert dans ce qui avait lair dun modeste domaine de quelque seigneur dIthilien. Pas un murmure, pas un souffle ne parvinrent à leurs oreilles quand ils franchirent une palissade. Le mur de la cour extérieure ressemblait beaucoup plus à un éboulis de mortier et de branchages secs quà autre chose. Une antique grille rouillée à demi ensevelie, ou plutôt ce quil en restait jonchait le sol. Aucun chemin ne se dessinait autour deux, pas la moindre porte nétait visible par cet insupportable temps. Les hommes firent halte aux abords dun massif daubépine tacheté de cercle albinos. Ils mirent pied à terre et sétirèrent avec vivacité par besoin de chaleur. Leur présence ne passa inaperçue car un groupe doiseaux à la robe obscure, de moyenne envergure séparpillèrent tout autour deux manquant de les éborgner. La série de croassements et les coups de becs des corbeaux les incitèrent à ne pas chercher querelle et à se plaquer sur le duvet neigeux pour se protéger. Jetant un regard intrigué vers le ciel, Dalian aperçut un cercle de sept volatiles sélever haut et disparaître rapidement vers lEst. Lapparition doiseaux annonciateurs de malheur nétait pas un danger en elle-même mais mystérieuse. Trois ou quatre pas de plus en avant corroborèrent les doutes des acolytes. Un cadavre humain étendu de tout son long les alerta. Lidentifier était encore possible mais difficile. Une large balafre béante sur le poitrail lavait conduit au trépas. Cétait un homme âgé aux tempes grisonnantes, vêtu dune bure brune comme il sied aux hommes guérisseurs. De minces ridules sabraient son front sous une longue tignasse auburn baignée de sang. Lacharnement des charognards sur son visage recouvert de quelques mèches manqua de faire défaillir Dalian. Ecartant avec délicatesse mêlée dune certaine appréhension les cheveux du cadavre, il entrevit des traits frappés de stupeur. Mais quelle abomination avait pu assassiner cet herboriste ? Autre fait que le guérisseur remarqua : sa sacoche dherbes curatives avait disparue. Tout homme ou femme de la profession avait une besace de plantes aux propriétés magiques sur lui où quil ou elle se trouve. Il se garda den informer Caragund. Ce dernier avait suivi une piste semblait-il jusquà un puits dont la margelle sétait effondrée dune curieuse façon. La pierre blanche qui constituait lédifice auparavant sétait noircie, des amas de cendres sy agglutinaient à présent de manière irrégulière. Lodeur putride et moisie qui en émergeait, donnait à ce paysage un aspect de désolation absolue. Se prosternant une dernière fois sur le mort, le jeune Rôdeur recouvrit la face livide et lacérée de son capuchon et se recueillit quelques instants. Soudain alors quil se redressait et époussetait la neige sur ses genoux, il aperçut son ami pris dépouvante accourir. Pressentant le pire, il comprit que la mort de lhomme nétait pas le fruit du hasard. Le tirant par sa manche gantée de velours, le forodien le mena par-delà la place principale sous un immense préau aux grandes arches partiellement consumées. Un spectacle poignant qui nétait pas sans rappeler les atrocités de la guerre brisa quelque chose dans la poitrine du semi-elfe. Une cinquantaine de corps dhommes et de femmes de tout âge étendus sur lasphalte sans vie. Un véritable massacre ! Ils étaient tous morts ! Tous ! Dalian ne put réprimer un jappement de douleur en se tournant vers les cieux : - Pourquoi ?!? Sa voix si douce et agréable à écouter en temps normal trahissait en cet instant une ire des plus terribles contre ceux en qui il avait toujours eu confiance. La souffrance de Dalian atteignait son paroxysme en plus de sa toux de plus en plus forte : tant dinnocents qui avaient eu à payer le prix du sang. Il sécroula ainsi aux côtés dun jeune garçon égorgé sans raison. Désemparé Caragund étouffa un sanglot à son tour. Pas de doute le mal était partout. Itamoth avait entendu des rumeurs concernant cette Maison de Guérisseurs loyale au Gondor, ils offraient la vie aux plus pauvres et nécessiteux en échange dun amour sans fin à la mère Nature. Ishnar lAncien lun des voyants du clan dAraglas lui avait appris que lOrdre des Guérisseurs dIthilien saurait peut-être qui était sa mère. Sa rancur envers les assassins nen était que plus louable. Indubitablement les responsables étaient des Hommes car les Orques auraient dévoré la chair de leurs proies. Un souffle de toundra sonna le glas de leurs lamentations. Le dresseur de chevaux ajusta davantage lagrafe de sa cape et son compagnon se drapa de plus près de son épaisse fourrure. La brume semblait se lever désormais ; ils remarquèrent alors une hutte à quelques centaines de mètres du carnage. La cheminée conique en son sommet crachotait une fumée grisâtre. Seule encore debout au milieu dun champ de ruines stigmate dun pillage volontaire, la cabane était le seul reflet despoir au cur de cette abomination. Les deux compagnons délaissant leurs bêtes, se précipitèrent en trébuchant sans cesse dans la masse neigeuse rougie de sang vers le lieu saint. Malades et engourdis par la fatigue et la mélancolie, ils se penchèrent contre une porte à lencadrement voûté. Celle-ci se composait de rondins de cèdre entamés de griffures de dagues ou autres épées de mauvaise facture. Entraîné depuis son enfance sur les plateaux désertiques de Forodwaith, le homme blond conservait les sens suffisamment en éveil pour capter des chuchotements et murmures plaintifs à lintérieur. Toussotant une fois de plus, Dalian fit mine de séclaircir la gorge. Le passage de la brèche avait achevé les compagnons, ils se tenaient tout juste sur leurs jambes. Le rai de lumière sous le palier de la porte le poussa à penser à Nienna, Naïa et Amrunia. Toutes trois lui avaient fait comprendre, que lui seul possédait lonce despoir qui manquait aux peuples dArda. Il ne pouvait reculer désormais. Il fit donc appel à son cur et entonna une douce mélopée : |
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| Sous les flocons divoire, le monde séteint, La guérison a porté mes songes au creux de tes reins, Belle et charmante terre, Les pas de mon enfance ont cherché laide dune main enchanteresse, Pourras-tu me couvrir de ton aile ? Pourras-tu maider ? Pourras-tu maider ? Jusquau bout des frontières, jai suivi les méandres du passé. Ta prière est mon seul salut dans cette prairie vermillon et blanche, Pourras-tu maider ? Pourras-tu maider ? |
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| Une voix cristalline et sanglotante sortit enfin : - Qui est là ? Etes-vous de Elfes ? - Nous ne sommes que des étrangers atterrés par le besoin dun toit et dun déjeuner, renchérit Caragund déchiré par le spectacle dont il avait été témoin. Le loquet intérieur se souleva avec lenteur causant un désagréable grincement. Un pâle visage couvert dun capuchon laiteux immaculé se devinait dans lentrebâillement. Encore en émoi, les deux hommes trébuchèrent en arrière. Le visage mince aux traits féminins ébaucha un triste sourire : - Ne craigniez rien. Vous semblez vous aussi proies à de cauchemardesques visions, hélas je ne peux vous distinguer. Ces Hommes sont arrivés sur nous à limproviste à lheure du linge. Ils ont pillés les maisons et massacrés la plupart des miens. Dautres sont captifs comme ma fille et ce nest quun nourrisson. Les deux amis se penchèrent en avant et comprirent rapidement la situation. - Ils vous ont donc mutilé après avoir assister au massacre, noble dame. Je mengage à vous protéger et à veiller sur vous le temps quil faudra si vous acceptez deux Dunedain en quête de nourriture. Troublée par la nouvelle intervention du Semi-Elfe, elle chuchota : - Je pensais que seuls les fils dElrond le Sage étaient des belles gens et pour les avoir entendu par le passé, je peux percevoir que vous ne leur êtes pas étranger et votre accent est semblable à la musique générée par le fracas des lames de la Mer sur les gris rochers des Havres. Elle marqua une pause et ajouta : « Pourtant vous nêtes pas un Elfe, écouter votre voix ma redonné espoir aussi vous avez crédit vous et votre serviteur sur ma personne et ma demeure. » Courbant léchine, Dalian la salua sans omettre de jeter un clin dil plein de sous-entendus à Caragund. Le cabanon semblait en bon état à première vue, des lignes de houx et de thym senchevêtraient le long des parois formant un sceau de protection à ceux qui sy inscrivaient. La seconde et seule autre pièce de la maison paraissait plus étroite, elle servait vraisemblablement de garde-manger et de chambre à coucher. Le foyer incandescent libérait dépaisses et flottantes flammes qui réchauffaient le cur des invités ; Une table circulaire en marbre ajoutait une pointe mystique à la scène. Prenant un tabouret dacajou comme siège, les deux hommes contemplèrent quelques secondes les trois chandelles se consumer et leur apporter une sensation de plénitude et sérénité quils navaient plus connue depuis bien longtemps. Les Rôdeurs avaient accroché leurs capes au fragile portemanteau fixé au mur bleu clair de lentrée. La jeune guérisseuse leur apparut sous un nouveau jour quand elle revint de la pièce voisine. Ayant abandonner sa cape blanche, elle portait une splendide robe bleue au décolleté plongeant. Lourlet du col et des manches était en laine épaisse de grond dor. Mais ce nétait pas cela qui les choqua le plus : cétait une elfe. Deux oreilles pointues à demi cachées par une mèche de cheveux blonds, encadraient un visage à lallure angélique. Ses yeux étaient dun bleu éteint, néanmoins nenlevait rien à son charme naturel. Plutôt grande, son attitude était joviale et accueillante. Ses larmes et pleurs paraissaient avoir disparu comme si la venue des deux hommes lavait transfigurée. Elle les invita à partager une carcasse de poulet soufflé au feu de bois. Aussitôt Caragund séclipsa de la demeure et revint chargé de trois larges bûches pour alimenter le feu. - Décrivez nous ces hommes, dit Dalian plein de tact. Prenant un air serein, elle lui répondit que les assaillants portaient les couleurs des Easterlings. Ils lavaient épargné car ils pensaient être maudits en faisant un tel acte. Ils lavaient forcé à regarder le massacre. Puis plaçant une torche face à elle obligé à regarder celle-ci menaçant de tuer sa fille en cas de désobéissance. Lhôtesse parlait dune voix calme et pénétrante. Elle mentionna beaucoup son enfant perdue et prisonnière quelle voulait retrouver. Inquiet les deux hommes demandèrent si les pillards navaient pas abusé delle. La souillure dun viol sur sa personne les avait découragé par chance. Nombreuses jeunes élèves navaient elles pas pu y échapper. Ce qui attisa la rage de Dalian et Caragund. Ils jurèrent de faire payer aux coupables de tels actes le prix fort. La jeune Elfe les mit au parfum des raisons de sa présence ici : elle avait été prise en affection dans sa seconde jeunesse par la Maison des Guérisseurs. Depuis elle avait gagné sa place parmi eux. LEtincelle du Crépuscule linterrogea sur sa mère. Lelfe Gloriel lui apprit quune femme dâge moyen à la chevelure noire et aux yeux argent sétait présentée comme princesse de sang royal, trente ans auparavant. Itamoth convenait de la possible véracité de tels propos il était âgé lui-même de vingt huit ou vingt-neuf ans à présent. Un compagnon au capuchon vert sombre, laccompagnait. Elle éclaircit un peu le mystère : lautre étranger était grand, assez mince et avait un grand arc dargent sur lépaule et un carquois en bandoulière. Le visage de la femme était triste, une grossesse de plusieurs mois semblait lavoir fatiguée. Son ventre légèrement déformé nétait pas ce qui avait interpellé le plus les Guérisseurs. Une étoile du Gondor scintillait sur sa poitrine. Elle sétait longuement entretenue avec lun des plus vieux guérisseur Limron. Seul lui savait son identité. Celui-ci était au nombre des captifs, ce qui était susceptible daider le Rôdeur à la cape brune. Quand elle cessa, elle se recroquevilla sur elle-même en se frottant les paupières signe dune forte irritation, Dalian vint immédiatement à ses côtés, et ramassant des herbes rougeâtres au fond de son sac les confia à Caragund qui les jeta dans une bouilloire deau au dessus du foyer. Touillant le mélange avec une grande cuillère de bois, il laissa le tout macérer quelques instants. Le Semi elfe saisit alors un gobelet et le remplit de la solution cuivrée. Gloriel la but comme de la soupe et avec un assentiment remercia son « sauveur ». Caragund tendit la main à la guérisseuse pour la guider à la chambre et lui permettre de sassoupir. Il revint à sa place. Ils amenèrent le corps dArgeleb à lintérieur puis le couvrir de sa cape souris. Ses traits commençaient à se creuser, son apparence suggérait un zombie plus quun homme. Caragund avait rentré les chevaux dans une grange voisine. Ces derniers puisaient dans le dernier fourrage du lieu. Dalian proposa une tasse de vin dIthilien au dresseur des Plateaux. Il fallait choisir entre la mission confiée par Araglas et aider la demoiselle à retrouver son enfant. Après dâpres discussions au coin du feu, sur la manière de procéder, ils convinrent de la marche à suivre. La fatigue et le rhume encore persistant eurent tôt fait de les plonger dans une semi somnolence. Itamoth pénétra dans la pièce à léclat tamisé dune bougie, il vit le corps de lelfe sans défense. Elle était si belle, dans cette robe, on eu dit que les flots sy berçaient sans battre de rythme. Les yeux clos, elle était parfaitement immobile. Une douce respiration soulevait par intermittence sa timide poitrine. Contenant un nouveau toussotement, le Dunedain chercha du regard, des couchettes ou couvertures. A droite, une armoire ouverte dans laquelle il y avait boîtes de conserves et bouteilles de toute sorte. A gauche, une table de chevet sur laquelle la besace de guérisseur et dautres bibelots de moindre importance étaient étalés. Puis au centre, au dessus du lit une étagère en acajou à deux étages où quelques couvertures et draps bruns étaient soigneusement pliés. Il ne put se détacher de la dormeuse pourtant. Un souvenir familier, Elora Wilvarin. Elle possédait la même noblesse, la même combativité. Le passé des forêts dOssiriand lamena à pincer un bijou sous sa tunique, cétait une broche en forme de papillon que la Princesse des Laiquendi avait fabriqué pour lui. Une aile orangée passe, les Wilvarin se dissipent. Il prit lun des draps et lenveloppa avec délicatesse. Bien que lesprit enivré par le vin, il parvint à tituber jusquau seuil du feu et confia une couverture au forodien. Sans penser au lendemain, il sassoupit sur le sol brut en silence. Une nuit dans une cabane chauffée même plaqués sur un sol dur pour leur dos en compote, était bienvenue après les tourments quils avaient subis. |
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Notes de l'auteur :
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*lubrien : nom dorigine dunadan dune fleur bleue de Houssaye, ressemblant au Houx, se caractérise par trois nervures parfaites.
**tresin : danse de festivités chez les Dunedain en Houssaye. |
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| Le texte ci-dessus est sous © de son auteur : Dalian (O.M.). Toute copie partielle ou intégrale destinée à un usage publique sans l'autorisation de l'auteur est strictement illégale et peut entrainer des poursuites judiciaires. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Dernière mise à jour par Mortyr de Valinor le 01/11/04 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||